Aux origines de la Franc-maçonnerie
La Franc-maçonnerie, telle que nous la connaissons aujourd’hui, naît au début du XVIIIe siècle, dans un contexte marqué par le Siècle des Lumières. Héritière de traditions plus anciennes, issues des corporations de bâtisseurs, elle se transforme progressivement en une société de réflexion et de partage d’idées.
Le 24 juin 1717, à Londres, quatre loges se rassemblent pour former la première « Grande Loge ». Cet événement est souvent considéré comme le point de départ de la Franc-maçonnerie moderne. Très vite, ce mouvement franchit la Manche pour s’implanter en France, où il prend un caractère particulier : une forte implication dans la vie intellectuelle, sociale et politique du pays.
En 1773, une nouvelle organisation voit le jour : le Grand Orient de France (GODF). Il deviendra au fil du temps la principale obédience maçonnique française et la plus ancienne d’Europe continentale. Depuis ses débuts, il fonctionne de manière démocratique : les loges sont souveraines, leurs responsables élus, et les décisions prises collectivement lors d’assemblées appelées « convents ». Ces principes, novateurs pour l’époque, ont inspiré plus tard l’organisation de la République.
La Franc-maçonnerie en Normandie
L’arrivée de la Franc-maçonnerie en France, au milieu du XVIIIe siècle, trouve un écho rapide en Normandie. Dès les années 1740, des loges apparaissent à Caen, moins de quinze ans après les premières loges parisiennes.
Leur composition est variée : aristocrates, juristes, négociants, hauts fonctionnaires, mais aussi protestants, malgré le poids encore récent de la révocation de l’Édit de Nantes. Ces loges deviennent des lieux de rencontre où l’on échange librement, au-delà des clivages sociaux ou religieux, dans un esprit de tolérance et de fraternité.
La naissance de « La Constante Amitié »
Parmi ces premières loges caennaises, l’une des plus anciennes est « La Constante Amitié », fondée en 1765.
Comme beaucoup d’ateliers maçonniques de l’époque, elle connaît des périodes d’activité et de sommeil, au gré des événements politiques et sociaux. Elle s’endort une première fois en 1790, au moment de la Révolution française, puis renaît en 1801, avant de retomber en sommeil en 1831 pour une longue période.
Pendant le XIXe siècle, c’est surtout la loge « Thémis » qui prend le relais à Caen. Elle s’illustre dans les débats qui animent la société française : fondation de la République, défense de la laïcité, émancipation des institutions. À travers elle, la Franc-maçonnerie bas-normande participe activement aux grandes transformations de son temps.
Le réveil de l’atelier en 1987
Après plus d’un siècle et demi de silence, « La Constante Amitié » est réveillée le 24 juin 1987 par des Frères de la loge caennaise « Union et Fraternité ». Depuis, elle poursuit son chemin, dans la continuité de son héritage, en réunissant régulièrement des membres venus d’horizons très différents pour réfléchir ensemble sur le sens de l’existence, la société et l’avenir de l’humanité.
Une histoire toujours vivante
L’histoire de « La Constante Amitié » est marquée par des cycles de sommeil et de renaissance, à l’image de la Franc-maçonnerie elle-même : une tradition en mouvement, toujours capable de s’adapter aux époques et aux défis du temps.
À Caen comme ailleurs, les loges maçonniques restent des lieux de rencontre et de réflexion, où l’on cultive la tolérance, l’humanisme et la fraternité.
Comme l’écrivait Paul Éluard : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. »
