Travaux et réflexions

  • Le rituel
  • L’euthanasie : vivre ou mourir dans la dignité ?
  • La FM afro-américaine et jazz
  • La République, l’un et le multiple
  • Un an après l’attaque à Conflans-Sainte-Honorine

Le rituel

Pour qui intègre l’environnement maçonnique, la 1ère chose qui frappe, voire qui bouscule, c’est le rituel. Non pas celui-ci plus qu’un autre, mais le fait qu’il en existe un, si important et complexe qu’il faut plusieurs années d’étude au novice pour en faire le tour.
On retrouve des rituels dans d’autres lieux : religion bien sûr, mais aussi justice, magie noire, et toutes sortes de préparations comme la cérémonie du thé au Japon, le début et la fin d’une pièce de théâtre ou encore le vœux que l’on s’adresse en début d’année. 

La question qui nous occupe est celle de sa raison d’être. Nous ne chercherons pas ici à le détailler ni à le cerner, mais nous essayerons d’en comprendre l’utilité pour l’individu comme pour le groupe.


Nous verrons ainsi : 

1- Comment se défini le rituel?
2- Pourquoi un rituel en francmaçonnerie?

1. Qu’est-ce qui défini le rituel ?

Faisons tout d’abord la différence entre rite, constitution et rituel.

Un rite maçonnique est constitué d’un ensemble cohérent de pratiques de la franc- maçonnerie dans ses différents degrés, ces pratiques étant codifiées dans des « constitutions » (pour les principes généraux du rite) et dans des « rituels » (pour ce qui concerne l’organisation des cérémonies).

Cependant, dès les années 1740, on voit apparaître de nouvelles divergences, à côté des rituels traditionnels des trois premiers degrés, sous la forme de plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dits de « hauts grades » dont beaucoup n’étaient que des variantes les uns des autres, ou restèrent à l’état de projets, ou ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. Cette multiplication des rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser

les pratiques et à les rassembler en ensembles cohérents et stables : les rites maçonniques. Un rituel doit sa force à son intégration au collectif. Sans collectif, point de rituel.

Historiquement, le rituel est efficace parce qu’il est traditionnel. Cela suppose que la répétition d’un acte lui confère sa valeur.

Mais cela revient-il à dire qu’un rituel ne peut pas évoluer ? Peut-on durablement défier cette loi éternelle et universelle: «S’adapter ou disparaître»? N’est-ce pas par recherche d’adaptation à des pratiques jugées insatisfaisantes que différentes obédiences ont vu le jour, de même, différentes constitutions ?

Pour autant, puisque tout est symbole, puisque tout fait sens, peut-on modifier un rituel, changer un vocabulaire, simplifier un cérémonial, une tenue vestimentaire et être certain de ne pas dénaturer, de ne pas affaiblir la compréhension et la cohérence de l’ensemble ?

Peut-on être certain de ne pas renier dans ce cas une partie de ce que nos ancêtres nous ont transmis ?

Ici même la question s’est posée récemment de supprimer l’anonymat des rédacteurs de planches. Nous avons vu que le débat avait du sens et qu’il nous ramenait immédiatement à l’histoire même de la maçonnerie. Ici comme ailleurs, difficile d’envisager sereinement l’avenir sans prendre en compte le passé.

Ces questions, fondamentales au sens étymologique du terme, débordent du cadre de cette planche. Elles peuvent cependant constituer un axe de réflexion à venir.

2. Pourquoi un rituel en Franc Maçonnerie ? A quoi sert le rituel ?

On pourrait, si on l’osait, poser la question ainsi : « Le rituel est-il un passe temps ? ».

Eh bien osons ! Le rituel, un passe temps ? La réponse est oui !

C’est en effet le rituel qui permet de transmettre la tradition, plus encore, l’héritage culturel de la Franc Maçonnerie, d’une génération à l’autre. En ce sens, le rituel qui permet de passer le temps. D’un bout à l’autre de la tenue, tout fait sens, tout nous rappel le chemin de nos ancêtres, dans ce qu’il a de plus fascinant et de plus douloureux aussi.

Entrés depuis peu dans cet univers, ce que nous ne savons pas encore, c’est la différence entre un symbole majeur et un symbole mineur. Même si un maçon avait des difficultés à imaginer sa vie sans rituel, chaque symbole a-t-il pour autant la même importance pour chacun d’entre nous ? L’importance est-elle dans le détail ou dans l’ensemble ? Peut-être n’est-elle que dans la cohésion de ces détails pour former un ensemble harmonieux, progressiste, et humaniste.

Chacun ici, c’est certain, a sa propre lecture de ces symboles, pris individuellement ou dans leur ensemble. Est-ce dommageable pour l’unité du groupe ? Certes non. Comment respecter la liberté de conscience et exiger que tous les membres d’une assemblée aussi vaste n’aient qu’une lecture et une seule de leur environnement. Et au final, laquelle serait la bonne ? Chaque symbole semble être une sorte de fil d’Ariane. L’ensemble de ces fils forme notre rituel, voile, tissée serrée, de notre navire.

Le rituel est chose étrange. Tout se passe comme si chacun de nous, pourtant adulte, ne trouvait pas dans son individualité ou sa vie sociale, qu’elle fut familiale, professionnelle, associative, politique ou sportive, l’environnement qui lui permette de se structurer suffisamment. Ainsi, depuis la nuit des temps, chaque peuple, chaque institution, crée son rituel. Celui-ci marque toujours une rupture : d’un âge à un autre (passage à l’état d’adulte dans de nombreuses tribus), d’un état à un autre (rituels entourant la mort), d’une position à une autre (nominations prestigieuses telles que l’Académie Française), d’une prédisposition psychologique à une autre (justice, culte, maçonnerie). Point commun entre ces pratiques ? A chaque fois des règles strictes et ancestrales, une hiérarchie et une répartition des rôles très établies, une tenue vestimentaire et des attributs hauts en symboles. Clairement, la solennellité est recherchée. Et par elle, le respect des us et coutumes ; donc l’adoption, peut-être la soumission, aux règles explicites ou implicites. Et au final, une disposition d’esprit favorable à l’évolution dans un univers extrêmement balisé.

Il semble que chacun cherche à se transcender spirituellement et que le rituel puisse le favoriser.

Par ailleurs, le rituel permet d’équilibrer la tradition et la modernité. Le rituel maçonnique incarne en même temps le respect de la tradition ancestrale et la recherche d’une modernisation et d’une évolution constante de la confrérie. En ce sens, le rituel n’est pas immuable car, en Franc Maçonnerie, il n’existe fondamentalement aucun dogme.

L’ordre de sortie des Frères en fin de travaux a, par exemple, récemment fait l’objet de tentatives d’innovation au sein de notre respectable loge. De même, la place finale de la chaîne d’union dans nos travaux est peu courante au sein d’autres ateliers du rite français du GODF.

Le rituel sert qui ?

Ce n’est pas une question qui s’impose en premier.

Cette institution sert-elle ceux qui l’on créé (les ancêtres), ceux qui l’utilise (les participants) ou les générations futures ?

Le rituel sert probablement chacun, mais pas de la même façon.

Pour les ancêtres, il s’agit d’un lien direct avec l’esprit, voire les esprits, de l’époque. En inscrivant mes pas dans les traces de mes aïeux, je me donne toutes les chances d’entrer en communion avec la raison d’être du groupe originel. Un peu comme diriger une partition peut me permettre d’approcher l’état d’esprit qui était celui du musicien alors qu’il composait.

On peut supposer qu’il en sera de même pour nos propres successeurs.

Pour les participants, les choses sont peut-être un peu moins monolithiques.

Le rituel sert en effet la loge dans son ensemble. Il permet l’organisation des travaux et à ce que chacun des membres de l’atelier trouve sa place dans ce cadre, du Vénérable Maître à l’Apprenti.

Le rituel a cette particularité. D’où que l’on soit au travers des âges, d’où que l’on siège lors des tenues, chacun n’a sa place qu’à servir le rituel et le rituel n’a de sens qu’à servir chacun.

En effet, « les pieds sur terre et la tête dans les étoiles », chaque maçon, tant par sa posture physique que mentale, va pouvoir entrer en communion avec ses frères mais aussi avec lui- même. Sans rituel, point de rupture avec le monde profane, point de silence en soi, point de communion d’esprit entre les hommes. C’est de cette communion que naîtra la transformation de chaque pierre. Chaque pierre ainsi transformée le sera au service de la loge, mais aussi du monde plus libre, égalitaire et fraternel qu’elle contribuera à construire.

Le rituel donne à chacun un rôle, une mission, une place et un statut. Aucun élément n’a de sens sans la présence des autres. Et rien ne différencierait les agapes des tenues s’il n’y avait le rituel. Le renoncement volontaire à la parole futile que l’on y consent permet à l’âme de trouver des chemins que le tumulte interdit. Le rythme des mots, le rythme des sons, le confinement, le groupe, tout crée plus qu’une atmosphère favorable. Cela crée un désir de retrouvailles. Cela crée un besoin de mieux.

Pourtant, ce qui bouge en nous ici, ce qui nous fait bouger au dehors, nous échappe ; autant que ces bulles qui donnent au Champagne toute sa valeur.

Et ce sont peut-être ces petites bulles, qui, au fil du temps, rendent nos âmes plus légères.

L’euthanasie : vivre ou mourir dans la dignité ? 

Un texte de loi de 2005 est venu mettre en œuvre les principes issus du rapport Léonetti de 2004. Un autre rapport a succédé en 2008 au précédent. Entre temps, d’autres affaires surmédiatisées sont venues apporter leurs lots d’arguments dogmatiques aux partisans de la vie sacrée et à ceux de l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). 

Nul n’entend dénier le droit de chacun de vivre et de mourir avec dignité. Nul ne remet en cause la valeur de la dignité humaine. Ce qui pose question est de savoir quel sens donner à cette dignité et quelles limites conduiraient à considérer que la vie – devenue « indigne » – est devenue du même coup moins souhaitable que la mort. 

Il s’agit d’un droit de la vie et de la mort, d’autant plus lorsqu’il est étudié dans le contexte des conflits armés. Ces années de travail m’ont conduit à m’interroger sur le sens de certains mots : le bien et le mal, le juste et l’injuste, la faute et le châtiment, le crime et la responsabilité, la vie et la mort. Toujours des interrogations en miroir, fruit d’un univers de pensée essentiellement binaire. Au contraire, la « dignité humaine » est un principe unitaire, universellement admis et seule la définition de ce concept fait débat. 

J’ai donc commencé par aborder la question de l’euthanasie en juriste. Ce faisant j’ai étudié les textes législatifs et réglementaires et la jurisprudence, en France et à l’étranger. Rapidement pourtant l’étude de ces textes renvoie à la dimension véritable de la question euthanasique : philosophique et sociétale, elle traduit, quelle que soit la position adoptée, une certaine conception de l’Homme, de sa vie et de sa mort. 

La compréhension de ce qui peut être dans une société donnée à un temps donné une « bonne façon de mourir » renvoie à la place de la mort elle-même dans cette société. Si « philosopher, c’est apprendre à mourir », comme le prétend Montaigne, alors c’est en philosophe et non en juriste qu’il faut, au moins au départ, appréhender la mort. 

Nous reviendrons au droit à la fin, car le droit vient à la fin, en principe : Après les faits, après les mœurs, après les consciences, la morale ou la philosophie, bien après la science ou la politique. Le droit vient normalement après, pour tirer les conséquences, parfois les conclusions. Il est dangereux de laisser le droit venir avant, surtout lorsqu’il s’agit de vie et de mort. 

La question de la dignité en fin de vie est une des questions à l’étude des loges et fait l’objet de nombreux débat dans les médias. Je vous épargnerai donc mes Frères les fastidieuses définitions et les subtils distinguos. 

Schématiquement, cinq actes médicaux sont qualifiables de gestes euthanasiques : (1) l’administration d’analgésiques à doses élevées qui accélèrent éventuellement le décès, (2) la limitation ou l’abstention des traitements actifs ou de réanimation, (3) l’arrêt des dispositifs de survie artificielle, (4) l’aide au suicide, (5) l’injection de substances mortelles. 

On le constate, dans la pratique, la frontière entre l’euthanasie active et passive est très imprécise. 

L’euthanasie se distingue des soins palliatifs, du latin palliare, couvrir d’un manteau, qui sont définis comme des soins actifs dans une approche globale de la personne atteinte d’une maladie grave évolutive ou terminale. Leur objectif est de soulager les douleurs physiques ainsi que tous les symptômes et de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle (d’après la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs). 

L’euthanasie pose la question de savoir si la mort peut être jugée préférable à la vie ? Cette interrogation est intimement liée à d’autres notions, notamment la « naissance-préjudice », en particulier la question de savoir si « le fait d’être » peut être sujet à réparation. 

La question qui précède, renvoie également aux fondements de l’euthanasie : l’eugénisme et l’hygiénisme, l’utilitarisme ou la compassion. 

L’euthanasie compassionnelle semble perçue par ses défenseurs comme une bonne mort, préférable à une vie devenue insoutenable. Il sera intéressant de s’interroger sur le fondement profondément compassionnel de l’euthanasie. 

La question de l’euthanasie nécessite donc d’autres définitions : celle de la mort, mais surtout celle de la vie de l’Homme, c’est-à-dire de la nature humaine et celle de la dignité humaine qui est caractérisée par la perception qu’on peut avoir d’une manière de vivre conforme à la nature humaine ou au contraire incompatible avec celle-ci. 

En retardant la mort, on a allongé la vie bien sûr, techniquement, mais on a surtout allongé la mort, en la subdivisant, jusqu’à en perdre la trace, comme pour la faire disparaître. La nécessité se présente donc de répondre à ces interrogations. 

1) Mouriraujourd’hui: où? quand? comment? 

Notre société, en tendant vers l’individualisation, a enfermé la mort dans une expérience vécue comme solitaire. En fait, s’il est évident que l’on vit et meurt seul, c’est le rapport à l’autre face à sa propre mort qui a changé (cf. Aries et Kübler-Ross). 

D’après Kübler-Ross, cinq étapes régissent l’attitude de l’individu face à la mort (la sienne proche ou celle des autres) : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. 

Prolongeant notre déni de la mort, la recherche perpétuelle d’un bonheur matériel et immédiat nous projette dans l’imaginaire de l’immortalité. 

La mort, qui faisait partie de notre quotidien et fait encore partie du quotidien de nombreuses sociétés, est devenue pour nous indécente, invisible et donc indicible. Or, ce qu’on ne peut pas dire terrifie et paralyse puisqu’ « Au commencement était le verbe » (Evangile selon Saint Jean). D’ailleurs, ce non-dit est particulièrement sensible dans la relation qu’entretient l’enfant à la mort (telle que décrite par Elisabeth Kübler-Ross) face aux «actes en souffrance » et aux mensonges des adultes devant la mort. 

Le recul de la croyance religieuse – quantitativement, mais surtout qualitativement – change aussi la conception que nous avons de la mort. La fin de vie semble préférable à la vie elle- même si elle est perçue comme une passerelle. La réponse de principe donnée à la question de l’euthanasie est donc dépendante de l’eschatologie. Or, dans nos sociétés modernes, on ne peut plus accepter la fin, car elle marque une impensable finitude de l’Homme (passage de la tragédie au drame, de l’ancien au moderne). 

La question de l’euthanasie est devenue plus importante pour notre société en raison des progrès de la médecine, mais surtout parce que la fin de vie est aujourd’hui généralement médicalisée. Schématiquement, on peut dire qu’hier, on mourrait en famille et à domicile, alors qu’aujourd’hui on meurt seul à l’hôpital (Rapport AN2004). Or, la formation des soignants à l’abord de la mort pose une difficulté méthode, de moyens et de temps. Formés avant tout à guérir, les soignants, eux-mêmes atteint par le syndrome de déni de mort décrit à l’instant, rencontrent une difficulté de symbolisation de la mort. Selon certains spécialistes de la question (Rapp. AN2004, p.40, D. Hervieu-Léger), il existe un manque de formation « d’accompagnants à la mort », formés à intervenir dans le cadre d’un « protocole de la bonne mort ». 

Euthanasie et soins palliatifs sont deux aspects d’une normalisation du « bien-mourir », tout comme il y aurait une normalisation du « bien-vivre », du « bien-naître » ou même du bien- être ; toutes notions qui renvoient plus ou moins à une vision normée du monde. 

Cette évolution vers une sécularisation de la mort à l’hôpital, dans un cadre institutionnel, a conduit à une laïcisation de la mort or, l’après-mourir est essentiellement du domaine du religieux, sans qu’une eschatologie laïque ne soit apparue en substitution. Un nouveau symbolisme, une spiritualité ou encore une ritualisation laïque n’ont pas su remplacer la religion. Celle-ci n’a cédé la place qu’à une « scientifisation » de la mort, dès lors perçue comme un échec : « Mourir, c’est quand la médecine décide d’arrêter… » (Rapp. AN2004, p.45). 

La perte de ritualisation de la mort entraîne la perte des symboles attachés à la mort, tant le rituel et la symbolique sont intimement liés. 

La « scientifisation » du mourir est attestée, s’il en était besoin, par l’évolution juridique de la procédure de « constat de mort ». Cette procédure renvoie à une interrogation fondamentale : qu’est-ce qu’un mort, c’est-à-dire : qui le détermine et comment ? 

En effet, traditionnellement la mort était un instant et cette instantanéité était atténuée par la certitude d’une continuation dans l’au-delà. Initialement4, le constat de mort était une compétence exclusive de l’officier de l’état civil, succédant en fait au curé dans ce rôle, qui constatait la mort selon des critères impressionnistes (arrêt du pouls, de la respiration…). Déjà souvent demandée dans la pratique, l’intervention du médecin est rendue juridiquement obligatoire par le décret du 28 mars 1960. L’officier de l’état civil constate de décès au vu d’un certificat médical. Il agit alors dans le cadre d’une compétence liée au constat scientifique5. On passe ainsi du champ religieux, au champ républicain puis enfin au champ scientifique. 

La définition même de la mort a, juridiquement, changé. Du constat empirique de faits décrit précédemment, le droit a fait évoluer les critères de la mort, au rythme des évolutions scientifiques. Ainsi, la mort, hier attestée par l’arrêt de toute activité cardiaque et circulatoire, l’est aujourd’hui par l’altération irrémédiable du système nerveux central dans son ensemble. Passer de la mort cardiaque à la mort cérébrale est bien entendu justifié par les progrès médicaux en matière de maintien en survie et en matière exploratoire. Toutefois, 

symboliquement, elle traduit une fois encore une évolution de la conception de l’Homme, Être de chair et de sang ou Être de conscience et d’esprit. 

Dès lors, être encore en vie, pour un être humain, c’est disposer de conscience, la mort devenant ainsi la mort de l’homicité. Mais de quel degré d’autonomie et de conscience un être humain doit-il disposer pour être encore un être humain ? Répondre dans la loi à cette question présente, à l’évidence, risques et difficultés. 

2) Une loi«impossible»? 

Quelques constantes que l’on retrouve dans le discours des partisans d’une loi sur l’euthanasie : le refus de l’acharnement thérapeutique, le développement des soins palliatifs et l’admission de l’exception d’euthanasie (cf. André Comte-Sponville, Euthanasie, la règle et l’exception, Psychologies Magazine, avril 2000)8. 

D’autres pourtant, au contraire, considèrent qu’il n’est pas souhaitable, ni même possible de légiférer en la matière. Ils réfutent l’origine compassionnelle de l’euthanasie et y voient plutôt une forme d’hypocrisie masquant, consciemment ou non, des vues utilitaristes. Ils considèrent même que la notion d’acharnement thérapeutique est éminemment contestable dès que « ce qu’on tient aujourd’hui pour de l’acharnement thérapeutique ne l’est que dans l’instant, rarement dans la durée »9. Ils rappellent que le testament de fin de vie traduit fort mal l’évolution fluctuante de la volonté réelle de l’individu dans le temps et face aux événements. Ils considèrent enfin que la loi ne doit pas permettre de mourir, mais de vivre dans la dignité, notamment par l’accroissement des moyens offerts aux soignants et accompagnants de fin de vie. 

A cet égard, et sans parti pris, il apparaît que les progrès dans la technique médicale des soins palliatifs disqualifie grandement les discours tenus par tel ou tel plusieurs décennies derrière nous et dans un contexte scientifique bien différend. Il est dommage de constater que souvent la démonstration des uns ou des autres partisans des deux camps s’appuie sur des positions prises sur le sujet il y a un siècle ! 

La question est aussi clairement économique. Elle ne l’est pas seulement dans une vision utilitariste de l’homme qui tendrait à considérer que le coût de la fin de vie d’un individu pris en charge par la société est disproportionné à l’avantage que ces soins procurent à cet individu. Elle est aussi concrètement par les moyens affectés aux soignants en général et aux unités de soins palliatifs en particulier. 

La question de l’euthanasie a aussi depuis longtemps pour corollaire celle du traitement juridique et en particulier pénal de l’acte euthanasique. Toutefois, dès avant l’adoption de la loi Léonetti du 22 avril 2005, la pratique judiciaire traduisait déjà une approche circonstanciée de l’acte euthanasique, notamment au stade de la détermination par le Parquet de l’opportunité des poursuites10. 

La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, dite « loi Kouchner », rejetait toute forme d’euthanasie. Elle rappelait les efforts à fournir pour soulager la douleur : « Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort. » 

Dans son arrêt du 29 avril 2002 « Pretty contre Royaume-Uni », la Cour européenne des droits de l’homme a refusé d’accorder un droit au suicide assisté d’une patiente en fin de vie au motif que l’euthanasie ne constitue pas un droit consacré par la convention européenne des droits de l’homme. 

On évoque souvent cette question du traitement légal de l’acte euthanasique comme une « dépénalisation ». Cela signifie en fait qu’en autorisant, sous conditions et dans le respect d’une procédure, un personne à effectuer des actes entrainant(ou en n’empêchant pas) la mort d’un autre individu, alors on écarte pour celui qui a réalisé ces actions (ou cette inaction) le traitement pénal qui y serait attaché si cette exception n’existait pas. Bien entendu, de nombreux actes bénéficient de ce type d’exception (actes médicaux, pratique sportive,…). En revanche, ces actes n’ont généralement pas pour objet premier de donner la mort (depuis la suppression en France de la peine capitale et exception faite de l’action militaire). 

La loi Léonetti de 2005 précitée, et qui fait suite à un rapport parlementaire de 2004 et à de nombreux débats, peut être résumée de la façon suivante : 

  • –  prohibition de « l’obstination déraisonnable » (acharnement thérapeutique) et licéité de l’euthanasie « passive »
  • –  admission des soins palliatifs à « double effet » lorsque les soins palliatifs auront pour effet d’accélérer le décès
  • –  validité des directives anticipées et du choix d’une personne de confiance
    N’est-elle pas suffisante pour garantir la dignité humaine en fin de vie ? Faut-il franchir un ultime cap pour la garantir vraiment ? C’est la question posée par les partisans de de la légalisation de l’euthanasie active.
    Le rapport parlementaire Léonetti du 28 novembre 2008, rendu après de nombreuses auditions et de nombreux débats publics, conclut par des propositions pratiques portant essentiellement sur l’augmentation des moyens accordés aux soins palliatifs et sur l’amélioration de la formation, de l’information et de l’encadrement administratif dans l’application des dispositions de la loi de 2005. Elle n’en propose cependant pas la modification.
    Elle propose aussi d’accroitre le dialogue entre les acteurs de la fin de vie, y compris entre la médecine et la justice, En effet, si l’interprétation face à la décision de faire ou de ne pas faire appartient au médecin au regard de critères scientifiques et éthiques, le contrôle de la validité de cette interprétation appartieny toujours au juge au regard de critères juridiques et sociaux.
    mort constitue un empoisonnement. L’empoisonnement est puni de trente ans de réclusion criminelle. » Omission de porter secours : L’article 223-6 prévoit ici une peine de 5 ans d’emprisonnement et le paiement d’une amende. S’il s’agit d’un médecin, l’omission de porter secours est renforcée par la déontologie médicale qui précise que les médecins sont tenus à l’obligation de porter secours à une personne en péril (article 9-3 et 42 alinéa 2 du Code de déontologie médicale). Par contre, le médecin ne peut pas être poursuivi en cas de refus de soins. En cas d’euthanasie active qui peut être qualifiée de meurtre ou d’empoisonnement, la tentative est punissable. Il faut un commencement d’exécution et que la tentative n’ait pas été suspendue ou qu’elle n’ait manqué son effet qu’en raison de circonstances indépendantes de la volonté de son auteur.
    En cas de tentative d’euthanasie passive non conforme aux règles prescrites par la loi, la non-assistance à personne en danger qu’elle ait abouti à la mort de l’intéressé ou non est toujours répréhensible. Le délit est constitué si le péril et l’abstention volontaire de secours sont réunis, sans résultat nécessaire.
    On ne peut pas être poursuivi au motif que l’on a sollicité une euthanasie : le suicide n’est pas réprimé. De plus, on peut refuser de se voir administrer des soins.

Entre l’éthique médicale et la philosophie juridique, se pose donc toujours la question morale du choix d’une « mort digne » qui suppose une mort – ou une vie – indigne. 

Le texte de 2005 a été, à l’évidence, en partie inspiré par le décès de Vincent Humbert le 26 septembre 2003. Toutefois, la lecture attentive de l’ouvrage tiré des propos de Vincent Humbert, «Je vous demande de mourir», pose les questions de savoir qui, dans la philosophie de l’euthanasie compassionnelle, est le véritable sujet – le mourant ou ses proches – et quelle est la part – consciente ou inconsciente – de culpabilité et de non dit des uns et des autres. La traduction médiatique de cet événement a d’ailleurs été remis en cause depuis, y compris sur la question de la véracité des faits présentés à l’époque. 

En abordant ce questionnement, le droit personnel à l’euthanasie me paraissait être le corollaire naturel du droit de chaque homme de disposer de sa propre vie. Toutefois, à l’issue de ces quelques réflexions, il m’apparaît que cette liberté trouve sa limite dès lors qu’on peut raisonnablement estimer qu’il existe un risque que le consentement à son exercice ne soit pas véritablement libre. De plus, la dignité humaine ne me semble pas disponible pour celui qui en est titulaire12. 

Quant aux directives anticipées, je sais que notre volonté, notre volonté véritable, est fragile, évolutive et difficile à discerner, et que je ne voudrais en aucun cas que mes choix d’aujourd’hui, hors du contexte, engagent irrémédiablement mon avenir13. 

Il me semble que la question n’est pas la légalisation de l’euthanasie active. Il s’agit là d’une solution simpliste et « déculpabilisante ». 

Bien sûr je suis sensible aux arguments compassionnels de ceux qui prétendent qu’il faut accorder une « mort miséricordieuse » à des adultes incurables, considérés comme « des enveloppes humaines vides », des « existences fardeaux » ou des « vies indignes d’être vécues ». Mais il faut se méfier de l’attrait des mots : ils ont un sens, souvent caché. Ceux que je vient de cités sont empruntés au décret adopté en 1939 par Adolf Hitler dans le cadre de l’action T4 ! Ces mots cachent une vision utilitariste de l’homme. Une acception limitée de la dignité humaine. Ils masquent souvent la peur qui est la nôtre face à notre propre déchéance et notre propre mort, pourtant aussi naturelles qu’inéluctables. 

C’est notre regard sur l’autre qui devrait changer. Nous autres Francs Maçons devrions être les ardents défenseurs de ce vrai progrès. Changer notre regard sur l’autre car la dignité d’un homme se lit dans le regard de ses frères, de ses semblables. C’est par Autrui que nous nous percevons et à l’aune du regard de cet « alter ego » (différent mais semblable) que nous jaugeons notre humanité. 

La F∴M∴ afro-américaine et jazz 

Bien que vous soyez privés de l’accès à l’éducation, Vous n’êtes pas privés de l’accès à la méditation Prince Hall (1738-1807) 

Le jazz, qui a fêté son centenaire en 2017, est devenu patrimoine mondial de l’Unesco en 2011. S’il continue d’être joué partout dans le monde, ses créateurs appartenaient pour beaucoup à la franc-maçonnerie ; franc-maçonnerie d’ailleurs qui joua un rôle majeur dans l’émancipation du peuple noir américain et du jazz en particulier. 

Lorsque le jazz de type dixieland1 se développe et s’installe dans le sud des Etats-Unis, avec la Louisiane pour centre névralgique, la franc-maçonnerie de Prince Hall2 a déjà une longue histoire. Si cette franc-maçonnerie s’élabore dans une société marquée par des siècles d’esclavages et de ségrégation, elle contribue largement à la libération de nombreux esclaves3. 

Deux mots sur les origines du jazz : au début du XVIIème siècle, les navires négriers, partis des côtes africaines en direction du Nouveau-Monde, pouvaient résonner des chants scandés par les esclaves, expression de leur malheur, qui se traduiront ensuite dans les «work songs» sur les plantations et les chantiers de construction auxquels ils étaient astreints, y compris les fermes pénitentiaires. Ces «work songs» deviendront plus spécifiquement religieux avec les «spirituals» privilégiant les épisodes de la Bible exaltant l’espoir et la délivrance4. 

Puis vint le blues, qui engendrera le jazz et toutes les musiques noires ultérieures. 

Memphis Blues (W. C. Handy «Early Jazz 1917-1923») 

Contrairement à ce que certains fans de jazz prétendent, il n’y a pas de jazz maçonnique, pas de Flûte Enchantée du jazz. Chez nos FF∴ jazzmen, on affiche facilement son appartenance maçonnique, mais on s’interdit d’en faire un usage artistique, pour mieux souligner le secret : le secret maç∴. 

Au début du XXème siècle, les aspirations des jazzmen et celles des francs-maçons afro- américains vont dans le même sens : leurs intérêts convergent puisque l’objectif commun est leur émancipation. Les uns et les autres ont un désir de reconnaissance sociale et aspirent à être considérés en tant que citoyens à part entière. Mais nous sommes encore loin du discours de Martin Luther King du 28 août 1963 en faveur des droits civiques. 

La franc-maçonnerie et le jazz ont eu une importance primordiale sur le mouvement afrocentriste aux Etats-Unis. On se rend compte que le jazz, qui avait la réputation d’être une musique de divertissement, se trouve en réalité à l’origine d’une véritable démarche intellectuelle de résistance, non-violente, se traduisant notamment sur les pochettes de disques de l’époque où se retrouvent triangles, compas, l’Égypte… 

Au départ, il y a la création de la franc-maçonnerie noire de Prince Hall, première institution noire pour les noirs, fondateur de tous les mouvements noirs, manifestant déjà au XVIIIème, contre l’esclavage, devant les bateaux des négriers. On pense souvent à Martin Luther King, Malcolm X, mais le mouvement noir a bien commencé 200 ans plus tôt avec Prince Hall. 

Certains auteurs, comme notre F∴ Yves Rodde-Migdal5 du G∴O∴D∴F∴, considèrent que les liens étroits entre la franc-maçonnerie et le jazz ne sont pas le fait du hasard : 

«Si la culture africaine est fondée sur l’oralité, la franc-maçonnerie est sans doute la seule institution occidentale à valoriser aussi la tradition orale. Cette approche intellectuelle et philosophique passe aussi par une transmission orale des anciens aux nouveaux. Or le jazz a fonctionné comme ça. Au départ, on n’entrait jamais dans un orchestre sans avoir fait ses classes en observant d’abord les plus anciens». 

Aussi, les premiers jazzmen trouvèrent dans cette pratique des valeurs proches de leurs racines : «Il y avait entre les Noirs américains et l’esprit maçonnique cette volonté et cet intérêt commun de se regrouper pour lutter». 

Cette démarche militante s’appuie non seulement sur le politique mais aussi sur le religieux, le culturel. Dès le début du XXème siècle apparaît une mythologie maçonnique spécifiquement noire que les jazzmen, initiés ou non, vont utiliser pour défendre leur idée de la beauté noire (Duke Ellington avec des titres comme «Black Beauty» ou «Ménélik6 : The Lion of Judah»), de l’afro-futurisme (Sun Ra7) ou du mythe d’une Égypte noire afrocentriste (Free Jazz, AACM8), mais aussi éthiopianiste9 des premiers artistes du ragtime. De la même façon que les musiciens musulmans des années 50 trouvaient là une forme de protection, des dizaines de musiciens de jazz voyaient dans la franc-maçonnerie une façon de se protéger. 

United Brotherhood (Duke Ellington) 

Cette spécificité maçonnique de beaucoup de musiciens de jazz afro-américains permet ainsi d’éclairer parfaitement les problématiques exposées dans leurs œuvres, notamment les notions de secret, d’afrocentrisme, de tradition dans les sphères spirituelle et politique. Ce qui permet d’évoquer maintenant l’appartenance à la franc-maçonnerie d’un nombre élevé de jazzmen, assez important pour en retirer des informations inédites sur l’histoire de cette musique, sur sa réception et sur les nombreux récits autobiographiques. Ils témoignent d’une rencontre concrète du fait maçonnique dans la vie sociale du jazzman afro-américain. Un seul texte autobiographique pourrait servir de base à une étude sur le sujet, car il est particulièrement précis, et parce qu’il émane d’un musicien phare de la grande époque de la Swing Era10 : un témoin vigilant de cette époque autant qu’un auteur précis, le contrebassiste Milt Hinton (1910-2000).

«Beaucoup de musiciens établis de l’orchestre, à commencer par moi, étaient francs- maçons. Cab l’était aussi. La plupart d’entre nous ont été initiés à la Pioneer Lodge n°1, Prince Hall, à St Paul, et à chaque fois que nous jouions dans cette ville, nous essayions de passer du temps dans la loge. Si quelqu’un dans l’orchestre se montrait digne et exprimait le désir de nous rejoindre, l’un d’entre nous le recommandait et essayait d’organiser l’initiation. Mais nous étions assez nombreux dans l’orchestre pour organiser, en tournée, nos propres tenues. Parfois, entre les sets, back-stage, nous avions de courtes réunions et des lectures dirigées. Nous passions toujours du temps avec les gars qui étaient nouvellement initiés, essayant de leur enseigner le réel sens de la maçonnerie, et comment cela pouvait les aider dans leur vie de tous les jours. […] ma principale activité a été l’organisation de […] jam-sessions au Temple maçonnique tous les mois de mars ou avril.» 

Parmi la longue liste des célébrités dont l’appartenance est avérée car membres de Prince Hall12 : Duke Ellington13, Count Basie14, Ben Webster, Eubie Blake, Earl Hines, Lionel Hampton15, Cab Calloway16, Oscar Peterson, Kenny Clarke, Nat King Cole17. Chez les bluesmen: Memphis Slim, Howlin’ Wolf, Fred McDowell, Screamin’ Jay Hawkins. Ben Webster, Milt Hinton, Chu Berry et Garvin Bushell. 

D’autres musiciens connus ont appartenu ou appartiennent toujours à la loge Hiram Lodge n°4 O∴ New-York G∴ L∴ de Prince Hall : W. C. Handy, Will Vodery, Willie Gant, Chester Perry, Jimmy Rushing, Eubie Blake, Jonah Jones, Cozy Cole, Lem Johnson, Lester Boone, Albert “Happy” Caldwell, Alfred Bell, Charles Frazier, Lawrence Lucie, Robert Cheek, Vernon Moore, Buddy Johnson, Jerome Darr, John Brown, George Grant, Kenneth Roane, Carroll Ridley, James “Bob” Robinson, Johnny Russell et Booby Ysaguirre. 

Liste à laquelle nous pourrions ajouter, sans certitude, mais par déduction documentaire, recoupements circonstanciés, témoignages, photographies, des musiciens comme Jimmie Lunceford18, Chick Webb, Alphonse Picou, Zutty Singleton, Henry Zeno. Et, évidemment, Louis Armstrong, très souvent cité comme franc-maçon célèbre, mais dont l’appartenance a été contestée par des historiens maçons de Prince Hall. 

Il n’a pas été oublié ici d’évoquer le «berceau» mythique (ou réel) du jazz, La Nouvelle- Orléans, qui nous révèle les liens étroits entre jazz et franc-maçonnerie. On doit à une biographie très spécifique, d’avoir souligné l’importance du temple maçonnique comme lieu de travail vital pour le musicien de La Nouvelle-Orléans et, par extension, aux États-Unis. 

Dans sa biographie sur Buddy Bolden19, trompettiste légendaire censé représenter le premier jazzman, Donald Marquis (1989)20 décrit le temple maçonnique et la loge comme un lieu primordial de rencontre artistique, les francs-maçons organisant un nombre important de concerts, de bals, d’événements caritatifs, qui servaient autant à la communication et à l’image de marque de la loge qu’à réunir des fonds pour leurs œuvres de charité et les funérailles. Car c’est bien au moment des funérailles que la présence des sociétés fraternelles et loges se fait le plus sentir. 

Déjà, hors La Nouvelle-Orléans, les funérailles du danseur Bill Bojangles Robinson (1878-1930) et du compositeur W. C. Handy21 (1873-1958), relatées par Time et Life Magazine, démontraient l’importance de leurs appartenances, les deux ayant bénéficié de véritables funérailles maçonniques. Ainsi les funérailles des monuments de la musique néo- orléanaise tels qu’Oscar «Papa» Célestin et Alphonse Picou ont été l’occasion d’une démonstration magistrale de la part des loges et des clubs fraternels. Là encore, Life Magazine relatera, photographies à l’appui, les événements et, dans le cas d’Oscar «Papa» Célestin22, le reportage montrera les francs-maçons mettre en terre leur illustre frère trompettiste. 

Mais, les funérailles à La Nouvelle-Orléans sont aussi l’endroit où la musique, correspond à un moment rituel bien précis, qui forge l’un des éléments déterminants du jazz et de la franc maçonnerie ; sans oublier le fameux Mardi Gras de La Nouvelle-Orléans23 qui doit son existence à la société très secrète et très ségréguée Mistik Krewe of Comus24, société blanche créée en 1856. La communauté noire créera en 1916 le Zulu Social and Pleasure Club, le pendant afro-américain des Krewes pour l’organisation du Mardi Gras, dont le chef de file est Louis Armstrong. 

Car bien entendu qui dit Nouvelle-Orléans dit Louis Armstrong. 

Mais a priori une déception, car il ne serait pas franc-maçon. 

Un hommage philatélique lui rendant hommage en 1995 a lancé la polémique. Compte tenu du contexte de la Nouvelle Orléans qui jusqu’en 1917 était la ville de la fête, au sens le plus excessif, les loges maçonniques jouaient leur rôle d’aide mais aussi de très nombreuses organisations fraternelles autour entre autres des confréries du Mardi Gras. 

L’appartenance de Louis Armstrong à la franc-maçonnerie n’est pas avérée à ce jour, malgré et surtout par l’indication du nom de sa loge d’appartenance, Montgomery New York N°18 Prince Hall, indiquée sur le timbre. Or, cette loge n’existe pas au sein de la G∴L∴ Prince Hall. 

Cependant, ce qui est certain, c’est que «Satchmo» était certainement membre des Knights of Pythias25, une organisation ayant quelque ressemblance avec la maçonnerie.

Certains voient dans l’archiconnu I’m beginning to see the light, des impressions d’initiation, alors que rien dans les paroles ne le laisse supposer : ainsi son auteur peut «entrevoir la lumière» dans le regard de sa petite amie, lors de son réveil difficile après une nuit bien arrosée ». 

En revanche, dans sa chanson What a wonderful world, on peut y trouver un hymne au temple idéal de l’humanité, et c’est cela l’essentiel.

La République, l’un et le multiple

Ainsi, au moment de commencer ce travail, je revisite la mort du vieil homme et je revois la pierre cachée que porte mon expérience de mort imminente. Cheminant dans la plénitude du tout, vers ce point de lumière qui m’attire, je réponds à cette voix intérieure qui m’interpelle : « Je veux rester, il me reste encore quelque chose à accomplir. » Et cela a sans doute à voir avec l’humanité, et peut être la place de l’homme dans la cité.

Aujourd’hui, je chemine donc à la surface de la terre avec les outils qui m’ont été donnés et je regarde la République comme attribut de l’humanité. Entendons ici attribut comme étant « ce que l’entendement perçoit d’une substance comme constituant son essence », ainsi que nous le présente Spinoza dans L’Éthique.

Et je me demande en quoi et pourquoi la République apparaît comme la forme d’organisation la plus adaptée à la recherche permanente de la paix et de l’harmonie. J’ai donc pris la liberté de l’observer comme un bâtisseur en cherchant à comprendre le jeu des forces présentes pour garantir son unité alors même que les femmes et les hommes qui la constituent sont multiples en nombre et en forme.

Ma réflexion s’appuie sur un constat : « L’homme ne vit pas seul sur une île déserte avec pour seul interlocuteur l’environnement qui garantira sa subsistance ou sa déchéance ». Sorti de l’animalité, il est conscient de cet état et fait corps avec ses contemporains pour constituer une Cité comme rempart à toute forme de violence qui pourrait conduire à sa destruction.

Cette cité inclut ou intègre les hommes au fur et à mesure de leurs rencontres. Elle est différente de la famille parce qu’une convention, écrite ou non, préside à sa réalisation. Elle peut prendre différentes formes. Du village à la nation, elle fixe des limites qui permettent à chacun de se connaître ou de se reconnaître comme individu d’un groupe fondé sur l’appartenance dans le temps et dans l’espace à une communauté d’intérêts.

Forme particulière de la Cité des hommes, la République ne fait appel à aucune forme de transcendance, elle est à la fois tout l’homme, l’homme d’abord et tous les hommes. Elle est librement délibérée et voulue par ceux qui la constituent.

Je choisis ici d’affiner ma réflexion en observant la France, comme République.

Ainsi, en 1789, par l’acte révolutionnaire, « force violente », et par la proclamation de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, « mesure des mots », l’individu, sujet du roi, meurt et choisit de devenir un citoyen, libre, égal en droit.

Alors que la France a connu la violence du désordre, l’article 1er de cette déclaration énonce les droits fondamentaux de l’homme, individu libre propriétaire de sa destinée ; et l’article 4 fixe à la fois l’ordre de son intégrité et la volonté de cette intégrité. Droits et devoirs convergent pour un appel sans cesse renouvelé à la dignité pour tous et façonnent le citoyen.

Ces deux actes fondateurs font apparaître le citoyen, certes comme une abstraction, mais surtout comme l’expression individuelle du peuple qui construit la nation. Il devient l’attribut de cette nation, à l’image de la cité des hommes comme un attribut de l’humanité. Le champ des possibles est alors ouvert.

Quand la Convention proclame la République. C’en est fini de l’expression : « Le roi et les hommes libres ». Le citoyen, le peuple souverain et une souveraineté unique garantissent désormais la paix à l’intérieur des frontières de la nation. La République s’installe par l’acte constitutionnel de 1793. Elle unit le citoyen, la nation et l’État, tout trois « un et indivisible » et se dote des outils pour maintenir l’espace de leur unité et celle du territoire dans le temps.

Cet esprit constitutionnel traversera le temps, connaîtra des détournements temporaires et des combats intérieurs, pour nous conduire aujourd’hui à vivre ensemble selon les principes d’une République toujours indivisible. Comme notre chaîne d’union, elle nous vient du passé et tend vers l’avenir.

Non, la République n’est pas un État Libéral. Elle donne la possibilité à chaque individu d’accepter les valeurs qui lui plaisent. Elle n’est pas non plus une principauté source de division du territoire en pouvoir local. Elle n’est pas une communauté de territoire ou d’individus placés les uns à côté des autres.

Chose publique, organisation politique, État, nation, elle est une communauté de citoyens qui participent, au jour le jour, et au fur et à mesure des rencontres à la constitution du peuple qui construit la nation. Elle unit ouvertement le corps social par le recours inconditionnel aux valeurs de liberté, d’égalité des droits et devoirs et de fraternité. Elle unifie par la loi les éventuelles rivalités pour créer une vocation universelle aux parties qui la constituent. Elle entend enfin que chacun se contraigne pour accepter et maintenir l’équilibre des forces en présence en faisant appel à la citoyenneté comme une éthique qui se pratique pour rendre raison des éventuelles attaques barbares.

La République n’est donc pas simplement une démocratie même si d’une et indivisible, elle est devenue avec la Constitution de 1946, indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle forme une communauté d’esprit qui permet, d’une part, de dépasser les frontières individuelles, et, d’autre part, d’engager une recherche permanente de ce qu’il y a d’universel en chacun.

Territoire de l’esprit et du monde, elle permet de se préserver et d’avancer ensemble pour ouvrir le chantier permanent des possibles. Elle organise la vie des hommes dans le temps et l’espace en leur donnant le pouvoir de transformer la réalité. Mais bâtir une telle cité demande aux hommes de résoudre une équation, celle du passage de la multitude des membres à la formation d’une volonté commune par la cohésion politique.

Ici, le peuple n’est pas la foule, il construit la nation, il constitue un corps commun, le Soma Koinon, la chose commune dont la source se trouve à la fois dans la séparation et l’équilibre des pouvoirs mais aussi dans la reconnaissance des institutions.

J’imagine ici, comme a pu l’énoncer Platon, que le peuple est un visage. Ses parties sont individuellement reconnaissables mais indissociables dans la conception du tout. Le multiple que la sensibilité perçoit devient l’unité que l’entendement construit comme un tout « un et indivisible ». En conséquence de quoi l’a priori du système binaire qui conduit à isoler les parties est dépassé par le recours à une pensée ternaire qui dessine les contours de la réciprocité.

Alors si le peuple n’est pas la foule, il n’est pas non plus la société civile. Il exige la citoyenneté, comme forme de réciprocité principale et non pas simplement la civilité comme forme d’interaction individuelle. Il évacue les rivalités destructrices de l’espace commun et ramène chacun au principe d’unité. Il ne laisse pas s’exprimer dans un rapport de force la violence intrinsèque du fait majoritaire qui doit être imposé à la minorité. En effet, la citoyenneté est un dépassement des contingences de l’oikos, et de sa satisfaction des besoins ; elle est un outil et une force pour bâtir la possibilité d’une destinée commune librement consentie.

C’est pour cette raison que nous retrouvons, dans l’organisation de l’État, la séparation des pouvoirs et l’appui des institutions. Elles seules, par la logique ternaire, permettent de concrétiser et maintenir la fraternité en ouvrant les frontières que chaque individu pourrait ériger comme un mur infranchissable. Je me rappelle, ici, Romulus qui tue son propre frère pour avoir franchi le sillon qu’il avait tracé à la charrue pour dessiner les contours de la future ville de Rome. Rien ne doit entraver la construction de la destinée commune. L’organisation de l’État en est garante.

L’homme ne vit pas seul sur une île déserte ; et c’est bien le constat que fait la République quand son peuple s’organise pour dessiner l’harmonie nécessaire à sa pérennité dans la paix civile et choisit le citoyen à l’individu pour rendre effective l’unité de la nation.

En croquant le fruit de la connaissance, l’homme s’est rendu compte qu’il était nu, percevant ainsi la différence des corps que l’unité de l’Éden avait masquée à son regard. Dans un miroir placé devant lui, Ève comme symbole de l’altérité, il a perçu à la fois son meilleur ami mais aussi son pire ennemi, le même dans l’autre comme rappel à la plénitude du tout et source de la violence qui conduit au désordre. Dans la cité des hommes, cette métaphore conduit à reconnaître dans le citoyen cet ami qui se cache derrière le miroir et qui permet la réconciliation avec l’unité du monde. Il est cet être de raison qui abandonne l’esprit de famille, de clan ou de tribu ainsi que sa dimension privée affective pour ne retenir dans l’espace de sureté et de paix que constitue la République que l’idéal du beau et du bien qui rassemble ce qui est épars.

Et je reprends les mots d’Alexandre Dorna, pour dire que ce citoyen, cet homme « est lié à d’autres hommes par un dialogue et une écoute réciproques, dont l’essence est le projet commun de sens. Il est capable de raisonner et d’élucider, en dehors des passions, le pour et le contre, pour répondre aux questions qui lui sont posées par la société. » Il fait usage d’outils. Il ajuste par la force du levier et la mesure de la règle la place de la pierre qu’il est dans l’édifice républicain pour constituer le corps de la chose publique. Il n’est pas l’individu qui remplit le vide de l’espace intérieur dans la maison commune, il est l’élément constitutif des murs qui consolident l’édifice.

Dès lors, comment la rivalité d’un seul, ou l’égoïsme d’un autre, pourrait-elle conduire à la destruction de cet édifice, alors que chaque pierre participe à le maintenir dans un équilibre permanent ? Seul le barbare tel un bélier velléitaire pourrait faire trembler les murs de cet édifice en poussant ses pierres dans le vide de son intériorité.

La République n’agrège pas des individus, isolés mais reliés les uns aux autres par un organe suprême indépendant des expressions individuelles qui le composent. Elle fonde une communauté de destin qui participe à sa construction non pas comme éléments extérieurs à son bâti mais comme partie intégrante. Chaque citoyen apparaît comme une pierre du temple républicain. Les hommes et les femmes transformés en citoyens par l’école de la République ne sont pas des individus, ils sont dans leur convergence chacun le temple qui protège celles et ceux qui vivent en son sein.

Ce temple que constitue la République, ressemble étrangement à ce que je perçois dans l’unité de la loge. Nous y apprenons à utiliser des outils pour créer le beau et le bien parce que nous avons cette volonté commune de nous améliorer pour d’améliorer le monde. Nous sommes des pierres que nous ajustons au cours de nos travaux pour constituer ce temps et cet espace qui, par la connaissance de nous même, nous permet de connaître l’univers des dieux, sans faire appel à aucune forme de transcendance.

La République comme notre loge n’est pas schismatique. Et mon entendement me conduit à penser qu’il aurait une grammaire de la République commune à celle de la maçonnerie dans le maniement des outils qui conservent à la science la capacité de créer de l’universel. Le passage du multiple à l’unité, du désordre à l’ordre aurait pour principe le dépassement des contingences imposées par une vision binaire de toute chose. Lui seul permet la recherche de l’unité principielle, de l’unité quand la partie devient l’attribut du tout.

Pas schismatique, elle est hospitalière et doit s’étendre à l’humanité. Édifice volontaire, elle pourra accueillir chaque nouvelle pierre en activant la capacité des autres à ajuster, par le bon usage de la force du levier et de la bonne mesure de la règle, les interstices qui les soudent. Elle permettra ainsi leur intégration ; chacune des pierres devenant clé de voûte de l’édifice entier.L’un est le multiple, la République est donc un mouvement perpétuel, progressif à la recherche permanente de l’unité contre toute forme de rivalité. Elle ajuste le tout qu’elle forme en donnant raison à cette projection : « Quand deux fleuves se rencontrent, ils n’en forment pas un seul mais un autre. » Là est peut-être la plénitude du tout.

« Un an après l’attaque à Conflans-Sainte-Honorine, le professeur décapité »Emanuel Chaunu s’exprime ainsi sur France 3 Normandie le 16/10/2020 :   « Il va falloir qu’on enseigne quand même le fait religieux »

Le dessinateur Emmanuel Chaunu se dit choqué et appelle à enseigner le fait religieux à l’école

Ce qui est terrible, c’est qu’on se dit qu’il faut faire de la pédagogie. Et c’est justement ce que faisait ce professeur d’histoire Samuel Paty et on l’a assassiné, a déploré Emmanuel Chaunu.

Je cite : « Ce soir, je suis particulièrement choqué, a réagi vendredi 16 octobre 2020 sur France Info Emmanuel Chaunu, caricaturiste et dessinateur de presse, après qu’un enseignant a été décapité devant un collège de Conflans-Sainte-Honorine. 

Le professeur d’histoire-géographie avait montré pendant l’un de ces cours, il y a une semaine les caricatures de Mahomet à ses élèves âgés de 13 ans, ce qui avait provoqué une vive émotion au sein de l’établissement et dans la commune.

Je suis fils d’un professeur d’histoire et j’ai grandi avec les caricatures, raconte Emmanuel Chaunu.

Il y a un lien très fort entre les caricaturistes et les manuels d’histoire.

Rappelez-vous le dessin de Caran d’Ache, l’affaire Dreyfus. On avait dans nos livres d’histoire des dessins qui montrent des événements historiques. Le dessin de presse il accompagne l’histoire. 

Emmanuel Chaunu s’est dit triste et très réaliste. 

Au moment de l’attentat de Charlie on m’a envoyé en Bretagne à Rennes devant 500 élèves pour pouvoir parler de la caricature. Et j’ai vu des jeunes qui ne comprenaient pas l’esprit de la caricature et qui étaient contre. J’ai mesuré que cette jeunesse, qui ne passe pas forcément à l’acte, n’a pas connaissance du fait religieux, ne connaît pas l’histoire. 

Ce qui est terrible, c’est qu’on se dit qu’il faut faire de la pédagogie. Et c’est justement ce que faisait ce professeur d’histoire et on l’a assassiné, a souligné Emmanuel Chaunu.

Emmanuel Chaunu a ajouté que l’on est un pays laïc. La laïcité, ce n’est pas fermer les yeux sur cette idée. Il va falloir qu’on enseigne quand même le fait religieux. C’est une des recettes. 

Le dessinateur a aussi adressé une pensée pour tous les musulmans de France qui ont honte parce qu’on vient encore de cracher à la face du prophète et d’Allah. » Fin de citation.

De l’oppression à la Perfection :

L’oppression est le fait pour un peuple ou une population d’être soumis à l’autorité d’un pouvoir tyrannique. 

Mais l’oppression concerne également celle exercée par un groupe humain sur un ou plusieurs individus, harcèlement à l’école, sur les réseaux sociaux ou autres pressions morales, physiques, sans oublier l’oppression économique, sociale et ou politique, et ou religieuse que subissent de trop nombreuses populations ou ethnies de par le monde.

La perfection même si elle fait partie de la quête n’est pas de ce monde qui est profondément dual et ou le mal est probablement aussi présent que le bien, tant en nous-même que chez nos frères humains.

Notre quête initiatique nous conduit donc, avant même de vouloir le contenir chez les autres, à combattre ce mal en nous-même.

Pour abonder dans la réflexion exposée par Chaunu, je vais vous relire le rapport de notre loge sur la question C dite « SUR LA LAÏCITE » à l’étude des LL∴ du GODF retenue par le Convent 6019.

« Est-il nécessaire d’aborder le fait religieux au sein de l’école laïque et Républicaine » ?

Aborder le fait religieux dans l’école laïque et républicaine comme l’énonce la question a révélé plusieurs approches. 

La stricte séparation entre l’école et les questions relatives au religieux, qu’elle que soit leurs formes, pour ne pas remettre en cause la neutralité de l’école Républicaine.

L’introduction du religieux comme objet d’étude pour aborder ce qu’est la transcendance, ou pourquoi l’homme prie, soit une approche théologique.

Enfin le recours au principe de raison pour aborder le fait religieux au nom de la liberté d’intelligence, c’est à dire comme objet d’étude pour comprendre et se comprendre. C’est cette dernière approche qui a été retenue et qui sera développée, mais auparavant quelques définitions.

Le fait religieux est un fait observable, relatifs aux religions considérées comme des activités humaines, activités se déroulant dans un espace et un temps donnés. 

Il se constate par des activités cultuelles, humaines ou architecturales. Il peut être porté par les religions monothéistes, mais aussi par des formes plus élémentaires ou plus complexes comme le totémisme, l’animisme, le culte Vaudou, le brahmanisme, le druidisme, pour n’en citer que quelques-unes, sans oublier bien sur les pratiques sectaires. 

Le fait religieux peut inclure des formes plus ou moins universelles, mais elles peuvent être aussi localisées et marginales.

Aborder, le fait religieux à l ‘école laïque et républicaine, c’est décrire les principales croyances ainsi que les traces qu’elles laissent (monuments, tableaux, sculptures). Ce n’est pas se demander si un récit est vrai ou faux, c’est constater qu’une communauté y adhère, y croit, et met en œuvre des pratiques singulières.

Venons-en maintenant au cœur de la question :

L’école est laïque et républicaine doit ou devrait éveiller la conscience de l’enfant pour en faire un citoyen libre et éclairé, c’est-à-dire capable de choisir et de fonder ses jugements sur des vérités qu’il aura acquises.

L’instituteur, par l’usage, la raison et le développement de l’esprit critique, y institue à la fois la chose commune et l’accès à des connaissances universelles. Ce faisant, il s’écarte du prêtre qui consolide un ordre religieux, le dogme, en demandant à ses disciples de faire confiance à la Parole Sacrée dont il est dépositaire. 

La question parle du fait religieux et non pas du religieux, cela recadre le sujet. 

En découvrir la complexité et comprendre son influence sur l’être et l’agir ensemble, pour en faire un objet de connaissance, imposent des approches diversifiées. Elles touchent tous les domaines de la connaissance, le social, le culturel, l’historique, l’artistique, les mathématiques, le juridique, la physique, la philosophie, etc…

L’étude de l’histoire critique des religions ne peut suffire. Le comprendre demande d’approfondir les questions du faire Société, du faire République, mais aussi du produire des connaissances.

Concernant l’école laïque et républicaine, faut-il alors entendre le nécessaire de la question comme une des « conditions a priori » exposée par Kant dans sa Critique de la raison. 

Si tel est le cas, la question du pourquoi faire devient des plus pertinentes. 

Aborder le fait religieux est-il un outil préalable à fournir aux élèves et aux professeurs pour comprendre ce qui préside notre art de vivre en République, voire de faire République ? Il convient désormais d’en comprendre les attendus. 

Il n’y a pas de question sans contexte. La place insistante de l’Islam politique dans le temps et dans l’espace public n’y est certainement pas étrangère ; tout comme les actes de prosélytisme religieux qui peuvent avoir lieu entre élèves dans l’enceinte même de l’école. Connaître et reconnaître l’autre comme citoyen, sans méconnaître sa singularité devient un enjeu.

La question de la citoyenneté et du citoyen est de plus en plus présente, mais les réponses apportées notamment par l’école, semblent perdre en efficacité. 

Il s’agirait ici d’apporter une réponse au comment faire pour vivre ensemble dans une société en pleine mutation. L’école comme socle intangible pour produire du commun et de la liberté, dans le respect des autres et de soi-même.

Aborder le fait religieux pourrait apporter de la concorde là où la méconnaissance engendre de la défiance, à la condition d’une approche pluridisciplinaire et transverse en accord avec le principe de raison. 

Pour autant et dans un tel cadre, l’éveil de l’esprit critique porté par l’école pourrait susciter la méfiance des parents qui valorisent le primat de leur culte dans l’éducation de leurs enfants et en conséquence compromettre l’objectif de concorde apporté par ce nouvel objet de la connaissance scolaire. 

Le point de vigilance qui reste permanent est ici celui de la neutralité, qui permet d’agir sans considération pour toute forme d’appartenance particulière, si ce n’est celle de l’appartenance à la communauté des citoyens.

Reconnaître que le fait religieux se retrouve dans tous les domaines de la connaissance devrait conduire à créer un parcours de découverte de la maternelle à l’université. 

Deux risques se présentent alors, celui d’un saupoudrage et celui d’une lecture de son expression purement monothéiste. La formation des maîtres doit être des plus approfondies et une méthode applicable sur l’ensemble du parcours de l’élève reste à construire. Mais d’ores et déjà, des outils pédagogiques sont à la disposition des enseignants qui abordent la question. 

Reconnaissons clairement que l’enseignement du fait religieux n’est pas l’enseignement du religieux. 

II s’agit ici de rendre les élèves aptes à aborder et comprendre le fait religieux, en se fondant sur une approche factuelle, donnée par des professeurs ou instituteurs neutres et pédagogiquement formés 

On laissera à Régis Debray un mot de conclusion provisoire entendu le 19 juillet 2015 par la Commission du Sénat du Service Public et Éducation où il déclarait : 

« C’est l’Ignorance des faits religieux qui alimente les fanatismes ».

« Ces fanatismes résultent non d’un excès mais d’un défaut de transmission ».

Fin du rapport.

Injustice et oppression doivent donc se manifester avant tout dans nos Loges Symboliques, et n’y laisser pénétrer que des esprits hautement évolués, libérés de toute superstition, de toute ingérence à des intérêts bassement matériels, affranchis de toute servilité à des puissances rétrogrades. 

Elles doivent se manifester enfin dans les Conseils, afin que les adversaires permanents de la liberté civique ne parviennent pas à diviser entre eux les apôtres de la Grande Morale Universelle, à les duper en s’en faisant des complices, même inconscients, à les disperser en minant peu à peu nos Traditions et nos Usages séculaires.

Être tolérant, ce n’est pas moins être maçon, c’est-à-dire combattre l’intolérance, car il ne saurait y avoir de liberté pour ceux qui veulent étouffer cette même liberté.

L’Art Royal désigne une voie traditionnelle d’élévation spirituelle qui fait autant appel à l’utilisation d’une méthode qu’à la volonté et au savoir-faire de l’artisan lui-même. 

L’Art Royal est la définition même de la pratique maçonnique, incluant la triple dimension de Beauté, de Force et de Sagesse, sans poser aucune limite à la recherche de la vérité.

Les deux clefs de l’Enseignement de l’Art Royal nous engagent à réunir ce qui est épars et d’aller plus loin. Ces deux clefs peuvent ouvrir des voies encore à explorer et prometteuses peut-être.

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