L’échec existe-t-il vraiment ?
Au-delà de son existence même, c’est déjà le mot et son image forte, toujours négative et souvent empreinte de mépris qu’il convient bien d’analyser et, pourquoi pas, de réformer.
De tout temps, l’échec a servi à pointer du doigt les insuffisances et les faux pas de l’humain, tant dans l’apprentissage du savoir, dès son jeune âge et dans la construction même de son avenir, que dans la difficulté d’entreprendre, et par là même de réussir.
Tout élève modèle qu’il ai pu être, quel jeune n’a pas été un jour condamné ‘’en situation d’échec’’ par un enseignant qui lui, peut-être, avait eu la chance ou l’opportunité d’assimiler le savoir qu’on lui avait prodigué, sans s’être jamais posé la question pour autant, de savoir s’il était en capacité de le retransmettre…
Lesquels d’entre vous se rappelleront encore des moyens mnémotechniques de base que tout élève en proie aux difficultés de la mémorisation mettait en œuvre :
« Mais où est donc or ni car ? » célèbre question qui a soulagé des générations d’écoliers en peine, face à leur liste de conjonctions de coordination, ou bien alors, pour les math, en l’absence de calculatrice, pour connaître la valeur affinée de PI « Que j’aime à faire connaître ce nombre utile aux sages »
Nous savons maintenant qu’il existe plusieurs formes de mémoire et que certains apprentissages restent mieux ancrés que d’autres : qui n’a pas rêvé, en effet, de se rappeler de son Histoire de France aussi bien que de savoir faire du vélo ?
Rappelez-vous que vos automatismes d’aujourd’hui qui vous paraissent si naturels: Nager, conduire, marcher, mais aussi écrire, lire ou compter ont nécessité des milliers de répétitions pour se construire afin de devenir maintenant des procédures presque inconscientes.
Ayant été moi-même un brillant cancre, vous aurez bien sûr deviné que je parle tout simplement d’un vécu, voire d’une solide expérience.
Une anecdote me vient d’ailleurs à l’esprit, lors de mon intégration dans la Fonction Publique Territoriale, il y a maintenant quelques années…
Il fallait, pour passer le concours de dessinateur auquel je postulais, avoir au minimum : le BEPC.
Bien que n’ayant pas eu cette chance, mais ayant pour autant réussi au concours, j’intégrais la Fonction Publique, jusqu’au jour où, afin de me nommer titulaire, il fallut enfin terminer de constituer mon dossier personnel dans lequel il ne manquait que ce fameux diplôme.
Mon chef de service de l’époque, que je finis bien sûr par mettre au courant de cette lacune, régla rapidement le problème en déclarant avoir lui-même égaré l’original que je lui avais confié…
Le dossier fut classé sans suite, je l’en remercie encore.
Même la chance peut donc s’opposer à l’échec.
Quelle subjectivité donc, dans la définition de chacun par rapport à l’échec ?
A l’échec des autres, bien entendu, puisque vous l’aurez aussi remarqué, c’est toujours de l’échec et des défaites des autres dont il est fait état, par opposition à nos victoires, même partagées, méritées ou non, mais que nous ne manquerons pas de nous approprier.
Tout cela m’interpelle encore sur un mal courant, une contradiction majeure : Ce sont bien souvent ces mêmes détracteurs, qui, jalousant la réussite des uns, n’hésitent pas pour autant, à pointer honteusement du doigt l’échec des autres.
Apprendre n’est pas qu’une question de bonne volonté, l’important étant de ne pas partir perdant.
L’on peut être très brillant en mathématiques mais peu compétent en français, à l’aise sur un terrain de foot mais maladroit avec une guitare.
Un minimum de confiance dans ses capacités d’apprentissage est indispensable pour réussir.
Dans le sport, par exemple, la lutte comme bon nombre d’autres sports, les arts martiaux en particulier, la chute n’est pas synonyme d’échec, mais bien au contraire d’étape constructive, de situation propice à un rebondissement profitable et à une issue positive.
Dans un registre plus culturel, tout musicien, aussi génial, aussi virtuose soit-il, ne peut à lui seul former un orchestre symphonique exceptionnel. A quoi bon être Karajan si l’on ne dirige qu’un orchestre fait de premiers violons ? C’est bien là encore le sens de l’harmonie, le goût de l’ensemble, la contribution irréprochable de chaque individualité qui fera que même le petit triangle caché au fond de la scène, qui n’aura que quelques notes discrètes et métalliques à apporter dans une œuvre, sera pour l’occasion aussi brillant que le dit premier violon, pourvu qu’il soit en place et au timbre…juste et parfait.
Et l’on voudrait encore nous faire croire à un monde où ne comptent que les premiers violons ?
Une étude du Directeur de recherche du laboratoire de psychologie cognitive d’Aix-Marseille (psychologie en rapport avec la connaissance) démontre les faits suivants :
Il a été demandé à des élèves de 6ème et 5ème d’observer pendant une minute une figure complexe, sans signification apparente puis de la reproduire de mémoire sur une feuille de papier.
L’exercice a été présenté à un premier groupe comme de la géométrie, au second comme du dessin.
Dans le premier groupe, les résultats des élèves en situation de difficultés scolaires ont été largement inférieurs à ceux des ‘’bons’’ élèves. Dans le second cas, tous ont réussi.
D’autres expériences ont confirmé que les élèves chez qui les émotions (peur de se tromper et plaisir de corriger son erreur) sont associées à l’apprentissage ont de meilleurs résultats que les autres élèves.
Je vous propose d’aborder un moment l’environnement du jeu… d’échecs bien entendu.
Lorsque le roi est prêt à être pris, il est en échec. La différence fondamentale réside en ce que le joueur devra obligatoirement parer cet échec. S’il n’existe aucun coup pour soustraire le roi à l’échec, le roi est alors échec et mat et la partie sera perdue.
Mais rappelons que dans ce jeu, il est interdit de mettre son roi en échec, ce qui paraît être un jeu mieux organisé que celui de l’école ou certains élèves y passent parfois toute leur scolarité.
Par contre, ici, il n’existe pas moins de trois façons de parer un échec. La parade à l’échec est donc instituée. Beau jeu, non ?
Là aussi, l’abandon est de mise et une partie se termine parfois par l’abandon d’un des deux joueurs, mais seulement lorsque celui-ci considère sa position comme désespérée.
L’expression « Echec et mat » signifie donc que le roi adverse reçoit un échec imparable. Cela constitue enfin le dernier coup de la partie.
Mais au fait, avez-vous déjà analysé les similitudes d’un cancre et d’un génie ?
Le cancre ne fait pas grand chose, le génie fait souvent n’importe quoi, mais ils ne le font pas toujours exprès, c’est certainement leur seul point commun.
Cessons donc de diaboliser l’échec,
- La réussite s’acquiert
- Seul le renoncement motive la définition de ce que nous appelons l’échec.
- L’échec n’existerait-il donc pas ???
Rappelez-vous qu’aux échecs, les Fous sont toujours les plus proches des Rois
